SOCIÉTÉ CIVILE EN ALGÉRIE – L’indispensable organisation démocratique

democratie 

 «La vie politique nationale ne peut être l’affaire d’un roi, d’une dynastie, d’une tribu ou de chefs cooptés par des élites autoproclamées, mais l’affaire de tous.»M. Harbi

 

Une définition complexe 

En Algérie comme dans le reste du monde, il convient de préciser qu’il est difficile de donner une définition stricte de la société civile, tant ses frontières sont mouvantes et incertaines. L’Unesco entend par société civile «l’auto-organisation de la société en dehors du cadre étatique ou du cadre commercial, c’est-à-dire un ensemble d’organisations ou de groupes constitués de façon plus ou moins formelle et qui n’appartiennent ni à la sphère gouvernementale ni à la sphère commerciale». Elle est «le domaine de la vie sociale civile organisée qui est volontaire, largement autosuffisant et autonome de l’État». C’est le corps social, par opposition à la classe politique. De façon générale, la société civile est un ensemble du corps social qui s’inscrit principalement dans la démocratie participative et influe, en marge des États, sur les décisions politiques et économiques. Elle agit, principalement, comme une sorte de contre-pouvoir et regroupe un ensemble hétérogène d’entités : autorités locales, organisations syndicales et patronales, ONG, associations professionnelles, instituts de recherche, universités, groupements communautaires, communautés religieuses, organisations caritatives, et fondations privées. La société civile est devenue, à l’exception des Etats autoritaires, une composante incontournable du dialogue politique, économique, social et culturel. Son influence, tant sur les États que sur l’opinion publique, est perceptible à tous les niveaux. Affranchies des codes traditionnellement reconnus, ces nouvelles formes de démocratie participative, même si elles ont été élaborées au-delà du cadre étatique national et international, ne sont pas un obstacle, mais plutôt la promesse d’un fructueux partenariat. À partir des années 1980-1990. Les ONG se professionnalisent et affinent leur expertise dans nombre de domaines. Leurs actions s’inscrivent davantage dans la recherche de durabilité et dans une volonté de travailler plus en harmonie avec les gouvernements et les organisations intergouvernementales. Elles deviennent ainsi des interlocuteurs qualifiés dont l’expertise compte véritablement au moment de la prise de décision politique. Cette tendance se confirme et se développe jusqu’à aujourd’hui. Pour le professeur George Contogeorgis : «La cause fondamentale du problème actuel réside dans le fait que le système politique de la modernité n’est ni démocratique ni représentatif. Le personnel politique possède en indivis la qualité à la fois de mandant et de mandataire, tandis que la société des citoyens est confinée dans la sphère privée. Véhiculées par ce système politique et par son inévitable dégénérescence en partitocratie dynastique, les forces qui définissent l’ordre mondial ont réussi à contrôler l’État et à imposer leur domination politique sur la société des citoyens.»

Mondialisation et société civile 

«La société civile est désormais d’une importance si vitale pour l’ONU que l’associer à ses travaux n’est plus simplement un choix mais une nécessité.» Rapport Cardoso. En créant un groupe de haut niveau (présidé par l’ancien président du Brésil Fernando Henrique Cardoso) chargé d’évaluer la coopération entre les Nations unies et la société civile, le secrétaire général de l’ONU a donné, en février 2003, un nouvel élan à la mise en place d’un partenariat mondial avec la société civile, un des objectifs du millénaire pour le développement. Le phénomène de mondialisation, avec ses enjeux sociaux, ses répercussions dans les domaines de l’économie, du commerce, de la sécurité, de la culture et de l’environnement consacre de plus en plus une gouvernance mondiale qui n’est plus du seul ressort des gouvernements. Les États se sont vu dessaisis d’un grand nombre de leurs privilèges au profit des organisations supranationales ou d’instances régionales aussi diverses que le Fonds monétaire international (FMI), l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ou l’Union européenne. Dans un monde aux frontières perméables et aux modes de communication facilités par l’évolution rapide des technologies de l’information, la gouvernance mondiale a progressivement pris un nouveau visage. Les ONG sont devenues des partenaires essentiels des communautés locales, des gouvernements, et des organisations intergouvernementales. A titre d’exemple, au Brésil, on compte plus de 60 000 organismes de la société civile, rien qu’à Sao Paulo et Rio de Janeiro. On estime qu’il y a en Inde plus de 2 millions d’associations de citoyens. Il semble évident que les défis auxquels le monde est confronté ne peuvent plus être résolus par les seuls acteurs étatiques. Il importe de créer une synergie avec les nouveaux acteurs de la société civile, de mettre à profit leurs contributions, connaissances et expertises. Cette tendance est liée au phénomène de la mondialisation, à la volonté des citoyens de participer à la direction des affaires du monde ainsi qu’à une reconnaissance de plus en plus importante de la nécessité d’impliquer les ONG, de la part des agences et programmes onusiens. Emblème de ces mouvements, le Forum social mondial, qui s’est réuni sous différentes formes depuis 2001, a permis de susciter une réflexion concernant la relation entre démocratie représentative et démocratie participative, et de s’interroger sur la place des acteurs de la société civile dans la gouvernance mondiale. Selon la Banque mondiale, 12% de l’aide a été distribuée par le biais des ONG en 1994, le montant s’élevant à 7 milliards de dollars en 1996. Actuellement, les ONG en Afrique gèrent près de 3,5 milliards de dollars de l’aide, alors qu’en 1990, elles en géraient moins de 1 milliard. On y rencontre des individus avides d’argent ou défendant des intérêts particuliers, des politiques soucieux de bénéficier des avantages du statut d’ONG. Certaines organisations caritatives jouent un rôle essentiel dans la diffusion du radicalisme religieux : ONG américaines au prosélytisme agressif, ONG islamistes servant de relais et de couverture à des réseaux terroristes se partagent aujourd’hui le continent africain. Certaines multinationales voient dans les ONG un outil de communication efficace et tissent avec elles des liens de sponsoring. Les Etats eux-mêmes manipulent souvent leurs ONG nationales qu’ils considèrent comme des outils diplomatiques, d’autant qu’ils les financent, souvent, sur la base de choix politiques. Certaines ONG, connues dans le monde, ont d’ailleurs choisi la collaboration officielle avec leurs gouvernements pour lesquels elles travaillent, entre autres, dans le renseignement. Entre les intérêts politiques, géopolitiques et commerciaux, la solidarité devient de plus en plus sélective. Les critères financiers sont prioritaires sur les nécessités humanitaires et les subventions se portent vers les crises médiatisées plus que sur les crises dramatiques mais méconnues du public. Dans ce foisonnement, force est de relever que coexistent le meilleur et le pire. Au niveau du monde arabe, Mohamed Harbi signale que «l’existence de nouveaux moyens de communication qui ont atteint les zones les plus reculées ont éveillé une conscience grandissante que la vie politique nationale ne peut être l’affaire d’un roi, d’une dynastie, d’une tribu ou de chefs cooptés par des élites autoproclamées, mais l’affaire de tous. Le nombre de candidats à la citoyenneté, de personnes désireuses de participer au processus d’élaboration des décidions nationales s’élargit de plus en plus, notamment dans les générations qui n’ont eu à affronter que l’arbitraire de leurs compatriotes. Ces générations retrouvent les élans des défenseurs de la liberté bâillonnés et embastillés. Elles se soulèvent pour le pain, pour la dignité, l’égalité des droits et des devoirs, l’alternance au pouvoir, le pluralisme politique et préparent le terrain à la révolution sociale. Pour elle, le cliché de la démocratie importée d’Occident est en voie de dépérissement. Elles ont compris que dans le droit fil de l’esprit colonial, les nouvelles classes dominantes s’arrogent le droit de définir la manière dont les peuples doivent se voir et interpréter le monde, gouverner en faisant de la religion, de la xénophobie et de la prébende, des ressources politiques. La situation créée par la révolution tunisienne, et ses prolongements au Maghreb et au Moyen-Orient, érode les préjugés cultivés à l’égard de la démocratie. Le mythe nationaliste, utilisé à tort et à travers, n’opère plus.» Voir Utopie critique n° 53–2011, le Monde arabe est entre les mains nues dans son avenir.

La société civile en Algérie 

En Algérie, il convient, avant toute chose, de rendre un grand hommage au travail admirable qu’accomplissent un certain nombre d’associations de la société civile, malgré le nombre de contraintes et difficultés. Le politologue Rachid Grim souligne que «l’Etat algérien, à l’instar de la grande majorité des Etats des pays du Sud, a pris théoriquement conscience de l’indispensable développement des organisations de la société civile. Tout au long des décennies post-indépendance, le pouvoir a édicté les ordonnances, lois et règlements nécessaires à la création et au fonctionnement des associations de la société civile. Mais à aucun moment le pouvoir n’a accepté d’avoir en face de lui une société civile forte, indépendante de lui, constituant un contre-pouvoir puissant et crédible et, en fin de compte, pouvant remettre en cause sa légitimité (historique ou autre)». A l’instar des autres sociétés civiles africaines la société civile algérienne devient plus combative et s’inscrit au cœur des débats des politiques publiques à travers la multiplication de revendications de toute nature et le développement d’une conscience citoyenne plus aiguë. Dans sa récente lettre ouverte à M. Bensalah, maître Benouniche soulève, en ce qui le concerne, la problématique fondamentale des valeurs qui doivent fonder le lien social et le désir de vivre en commun des Algériennes et Algériens :«République et lien social, citoyenneté et intérêt général, bien public et solidarité, respect et Etat de droit…, c’est cela que réclament avec force les «indignés» d’Algérie qui, très certainement, se posent la question de savoir s’il y a plus de raisons de rester ensemble que de se quitter ; question simple et terrible à la fois qui interroge le vivre-ensemble et le projet commun sans lequel aucune construction commune n’est possible, aucun avenir commun concevable.» La bonne gouvernance, le respect des droits de l’homme, le pluralisme et la démocratie, le nécessaire partenariat avec la société civile sont, en effet, autant de questions fondamentales et incontournables pour l’avenir. Faut-il encore renoncer aux anciens reflexes et bannir la pensée unique et la sclérose. L’Algérie de 2011 n’est plus celle de 1963. De 10 millions d’habitants, elle est passée à plus de 37 millions aujourd’hui. De mille étudiants à l’époque, l’université compte plus 1 200 000 en 2011. 20 000 sont également inscrits en France. 63% des nouveaux bacheliers sont des filles, 186 000 seront diplômés à l’issue de l’année 2011 (conférence de presse MES, juillet 2010). Ces chiffres montrent toute l’importance des changements opérés et l’impossibilité de continuer à diriger le pays avec les mêmes recettes. L’absence d’un véritable leadership des parlementaires dans le développement et le renforcement du rôle de la société civile en Algérie se pose sérieusement en Algérie. Les parlementaires sont censés représenter la base du pouvoir politique légitime et garantir les principes démocratiques au niveau national : des élections libres et justes, la liberté de la presse, le respect du droit et de la citoyenneté sans discrimination et, enfin, l’existence d’une société civile forte. A ce titre, ils devraient normalement agir en tant que lien démocratique entre la société civile et les organes du pouvoir, en intermédiaires entre le pouvoir exécutif et la société civile. Difficile d’imaginer un tel scénario avec l’actuelle Assemblée nationale dont la légitimité et la crédibilité sont fortement remises en cause. Pourtant, le Parlement algérien et le Pnud ont organisé en partenariat, les 6 et 7 novembre 2006 à Alger, au siège du Conseil de la nation, deux journées d’étude portant sur le Parlement algérien et la société civile. Les objectifs de ces journées étaient de contribuer à mieux définir la notion et le rôle de la société civile dans la dynamique sociale et son impact sur le processus et la qualité du travail législatif. Le second objectif était d’analyser la relation entre le Parlement et la société civile et les perspectives de développement de cette relation dans le contexte algérien. Quid des résultats et du suivi ? La société civile peut être concrètement d’un réel apport en participant à la réflexion sur les réponses aux nombreuses questions que se pose actuellement la maison Algérie : – ainsi, en ce qui concerne le tissu urbain, l’efficience de la gestion urbaine et le développement durable sont des questions critiques pour le XXIe siècle. Les villes sont un extraordinaire réservoir d’expériences et de compétences individuelles, et se retrouvent bien souvent dépassées par la multiplicité des défis qu’elles doivent affronter. Pour la plupart des citoyens, les autorités locales sont celles qui ont le plus d’impact sur leur vie. C’est pourquoi le gouvernement devrait multiplier les espaces de dialogue et s’efforcer de mettre en place un partenariat avec l’ensemble des collectivités locales et la société civile pour assurer les conditions d’un développement urbain responsable ;- l’École constitue, au niveau local, un vecteur de changement. Les communes peuvent jouer un rôle important dans les solutions aptes à favoriser une éducation de qualité. Dans tous les pays développés ou en développement, l’éducation et la valorisation du potentiel humain conditionnent la capacité des pays à s’engager avec succès sur la voie du progrès. L’éducation permet de combattre, notamment, la pauvreté, la consommation effrénée, la dégradation de l’environnement, la détérioration des villes, la croissance démographique, l’inégalité des sexes, les problèmes de santé, ou encore les conflits et les violations des droits de l’homme. Autant de points qui nous font mesurer le gouffre dont lequel s’enfonce le système éducatif national et les graves difficultés qui menacent l’Algérie à ce niveau. Il existe dans ce domaine, pour la société civile, un vaste champ d’actions possibles. Faut-il encore considérer que l’ère des réformes sans concertation est révolue et que toute réforme, faite pour la société, doit entendre et mobiliser, de manière organisée, tous les pans intéressés de cette société et en premier lieu ceux qui en seront ses principaux acteurs ;- les progrès rapides survenus dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication ainsi que dans les médias alimentent dans les pays en développement la crainte d’être des laissés-pour-compte. Le passage de la notion d’«information» à celle de «savoir» est une dimension essentielle des formes de société qui se font jour actuellement. Les sociétés du savoir doivent être modelées et mues non seulement par des forces techniques, mais aussi par des choix de société. Il faut en outre que ces choix soient éclairés par un débat démocratique au sein des Parlements et par la consultation de la société civile ;- vouloir aborder, également, la situation des jeunes, simplement, sous l’angle de leur avenir serait trompeur. Il s’agit, également, et avant tout, de leur présent et de la possibilité de jouir pleinement de leur «jeunesse» ; ce qui représente certainement le meilleur investissement d’avenir pour chaque jeune et pour la société elle-même (gain de compétence, de qualification, de santé, d’estime de soi). Ses préoccupations, ses aspirations, ses besoins sont de véritables problèmes de société qu’il est indispensable d’inscrire au registre des priorités nationales afin de redonner à la jeunesse algérienne espoir en son avenir et en son pays. La participation des jeunes à la prise de décision est unanimement reconnue dans le monde comme une nécessité incontournable. D’ailleurs, comment prétendre au développement d’une nation si sa majorité la plus dynamique est exclue ?- s’agissant du mouvement sportif national, son importance et son poids ne sont plus à démontrer en Algérie. Les associations sportives représentent en nombre et en pourcentage la part la plus importante du système associatif algérien. Il est indispensable que toute la société civile sportive, sans exclusive ni exclusion, trouve un cadre d’expression adéquat pour apporter sa contribution à la dynamique de refondation du mouvement olympique et sportif algérien.Aujourd’hui, aucune réussite ne peut être sérieusement attendue dans le cadre d’une situation qui a conduit le sport national vers le naufrage actuel. L’indispensable organisation démocratique. En un mot, organisée démocratiquement et pour peu que ses représentants soient des interlocuteurs légitimes et fiables, la société civile pourrait trouver matière à contribuer qualitativement et quantitativement dans grand nombre d’actions. Pour la société civile, l’étape préalable de consultation est fondamentale afin de mener à bien une action efficace, normative comme opérationnelle. Elle peut ainsi, dans un esprit de symbiose, optimiser son action par rapport au programme gouvernemental en multipliant les consultations et en intensifiant les échanges. Face aux immenses défis qui se profilent, on ne peut faire l’économie d’aucune participation, d’aucune volonté, d’aucune énergie. L’Etat doit changer ses méthodes de fonctionnement, de travail et favoriser la mise en place d’une véritable culture du partenariat. Il ne pourra atteindre ses objectifs, concrétiser ses recommandations, sans changer ses méthodes de travail et de fonctionnement. Les récentes décisions des walis de Tizi-Ouzou et de Médéa de rechercher des solutions aux problèmes que connaissent leurs wilayas en mettant en place une démarche participative à laquelle sont appelées à s’associer toutes les parties prenantes que sont les autorités locales, les élus et les représentants de la société civile mérite d’être encouragée et étendue. La tâche à accomplir exige de toutes les parties la même sincérité, la même conviction, le même engagement et la même énergie. Renouveler le regard sur la société civile suppose qu’il faut bannir définitivement certaines méthodes, dont la prime à la cooptation, au clientélisme et à la médiocrité. Il est temps pour les responsables d’apprendre à accepter un débat sans tabous sur l’ensemble des points concernant les citoyens… sans le ramener à la vision mesquine de luttes pour «le fauteuil» ou du «khobzisme». La pancarte brandie par un manifestant dans les rues de Tunis : «El-karama qabl elkhobz» («la dignité avant le pain») est à ce titre élogieuse. Il ne fait pas de doute que les ONG ont des points faibles. Bon nombre sont dans une situation précaire et ont tendance à dépendre excessivement de l’aide financière extérieure, ce qui parfois les fragilise ou les expose aux manipulations. Certaines d’entre elles agissent en tant qu’«ONG fantômes», ou coquilles vides, ne disposant d’aucun bureau connu et n’apparaissant qu’à des moments particuliers pour chauffer le «bendir» ou s’adonner dans la rue à des gesticulations peu glorieuses et préjudiciables pour l’Algérie. Le pouvoir de la société civile se mesure à sa capacité d’argumenter, de proposer, d’expérimenter, de dénoncer, d’être exemplaire. Sa légitimité n’est jamais acquise une fois pour toutes. Elle est acquise dans l’arène du débat public et doit être constamment renouvelé et revitalisé. C’est pourquoi le changement attendu ne peut venir de consultations de façade, de l’absence d’une sérieuse préparation, ni sortir de la chape de la cooptation et du clientélisme. Il est temps de remettre le citoyen au centre des préoccupations des dirigeants politiques, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, pour construire, ensemble, les alternatives adaptées aux exigences du processus de rénovation de l’Algérie. Cette mission exige de toutes les parties la même sincérité, la même conviction, le même engagement et la même énergie. Le citoyen en déshérence sociale peut être ramené vers le chemin de la loi républicaine par la pédagogie de l’exemple et un discours de vérité. Il y a du point de vue de la mise en jeu de l’éthique citoyenne, urgence à redonner du sens, à redonner de la cohésion, urgence à rappeler l’intérêt et la portée de la règle commune. Pour paraphraser Lacordaire : «Entre le fort et le faible, c’est la liberté qui opprime et la loi qui libère » ; faut-il encore rappeler que c’est dans le cadre d’un Etat de droit que l’utilité de la règle et son respect ne sont pas frustratoires mais libératoires.

 

H. O.

Le nécessaire changement

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L’Algérie doit impérativement sortir de sa bulle schizophrénique, du climat d’arrogance, de cooptation, d’opportunisme, d’incompétence et de comportements négativistes, sous peine de vivre encore des situations terribles et insoupçonnées. L’Algérie, sa jeunesse, les Algériennes et les Algériens, dans leur ensemble, excepté une infime minorité, ne peuvent continuer à subir leur enfermement dans un cycle infernal qui grève tout espoir de développement durable, d’épanouissement et de justice, en un mot, de se sentir citoyen d’un Etat de droit. En janvier 2008, dans un article publié dans le quotidien L’Expression nous avons insisté sur les risques «pour les prochaines années, d’une dynamique de tempête dans certaines régions du monde et prévu une période de mutations sans précédent au niveau de l’Ordre international. Concernant l’Algérie, nous avons précisé: «L’Algérie et sa jeunesse ne pourront rester étrangères à ces mutations et bouleversements… L’anxiété, le désarroi, le manque de perspectives conduisent souvent un grand nombre de jeunes au découragement et à la perte d’espoir, à la frustration et à la violence. La tentation d’échapper à leur souffrance, à leur écrasante et trop pénible quotidienneté, les conduit vers un comportement asocial, à l’utilisation de drogues ou, depuis quelque temps, à la tentation de fuir leur désespoir en côtoyant la mort «toutes voiles dehors».
Lorsque l’on se penche sur l’état de la jeunesse en Algérie, ces dernières années, ce qui retient l’attention, c’est l’absence, malgré la gravité de la situation, d’une stratégie concernant cette catégorie de la population pour, d’une part, appréhender sérieusement les problèmes liés à sa vie, ses comportements et ses aspirations et, d’autre part, l’associer plus directement à la réalisation des grands chantiers nationaux tant aux niveaux éducatif, culturel, économique que politique. La vulnérabilité de la jeunesse est, en partie, amplifiée par la position toute particulière qu’elle occupe au sein d’une société qui n’arrive pas à sortir d’une crise multidimensionnelle. Les jeunes sont au coeur d’enjeux politiques, de grands défis et de tensions sur lesquels ils n’ont, bien souvent, aucune prise. Une jeunesse désabusée dont la frustration est accentuée par l’influence quotidienne des nouveaux moyens de communication.
Ce sont les jeunes qui affrontent, peut-être, plus que tout autre groupe social, les bouleversements, les incertitudes et les risques générés par le processus de mondialisation économique et culturelle. Qui pourra prétendre à l’ère des SMS, de Facebook ou de Twitter, qu’il ne savait pas?
En soulignant devant les walis, en novembre 2006, que la jeunesse «met en jeu l’avenir de la nation tout entière et nous interpelle sur notre capacité à valoriser le potentiel d’espérance qu’elle incarne» et que «nous avons aujourd’hui besoin de renouveler notre regard sur la jeunesse, de modifier notre attitude à son égard et d’adopter de nouvelles approches et de nouvelles méthodes dans la prise en charge de ses attentes», le président de la République a non seulement souligné l’importance et la gravité du problème mais signifié, également, l’urgente nécessité de renouveler les approches et les politiques vis-à-vis des jeunes.
Le succès d’une opération aussi vitale pour le pays suppose, en premier lieu, la fin des habituelles actions conjoncturelles orchestrées par des apparatchiks dont la qualité première est de veiller, d’abord, non pas aux attentes de la jeunesse, mais au sens «des vents dominants».
Pour l’Algérie, la jeunesse est une richesse et une chance. Elle sera le levain des changements inéluctables et indispensables: qu’il faut souhaiter pacifiques. Comme nous l’avons souligné dans plusieurs articles, à vouloir ignorer la gravité du fossé actuel avec les forces vives de la nation, c’est opter, non pas pour l’avenir, le développement durable et le progrès, mais pour la stagnation et la résignation ponctuellement nourries par «une agit-prop» stérile, ayant pour fondements l’opportunisme, des valeurs désuètes et une authenticité «soporifique». Les Algériens ne peuvent continuer à supporter des discours éculés, des slogans périmés, infantilisants et démagogiques. Tous les scénaristes doivent prendre conscience des dégâts politiques, économiques, sociaux et culturels qu’un certain mode de gouvernance a infligés au pays et de l’urgente nécessité à mettre l’Algérie au diapason du troisième millénaire. Comment garder le silence face aux cycles de violences multiples, aux menaces extrêmes qui pèsent sur son avenir et à la balkanisation du champ politique?
Un militant historique et témoin de la Révolution, qui a occupé d’importantes responsabilités, durant la guerre de Libération et au lendemain de l’Indépendance, a récemment tenu à sonner l’alarme face aux dangers qui guettent l’Algérie. Si Abdelhamid Mehri a, en quelques phrases, mis le doigt sur les maux qui rongent le pays: «L’exclusion est devenue le trait dominant de la gestion politique et de la manière de traiter les divergences d’opinion…; Ces pratiques, qui ont contaminé même certains partis d’opposition, ont eu pour effet de pousser des milliers de militants à renoncer à l’action politique, de réduire la base sociale du régime et de réduire le cercle de décision à son sommet…Il s’est nourri également d’emprunts et d’adaptations qui n’ont pas été façonnées par le libre débat, ni affinées, durant leurs évolutions, par une évaluation objective qui a été le grand absent dans l’expérience du pouvoir en Algérie. Plutôt qu’une évaluation critique objective du régime politique, on a préféré les campagnes de glorification et de dénonciation taillées sur mesure pour des personnes et par l’attribution de couleurs à des décennies, de sorte à masquer la nature du régime, ses pratiques et sa vraie couleur qui ne change pas malgré le changement d’hommes. Les voix, qui revendiquent le changement de ce régime et qui sont soucieuses qu’il advienne dans un climat de paix et de libre débat, sont nombreuses. Les signes, qui alertent sur le caractère impératif d’un tel changement, sont visibles depuis des années. Ils se sont encore accumulés ces derniers mois d’une manière telle qu’il est impossible de les ignorer ou de reporter la réponse.»
Un demi-siècle après l’Indépendance et face aux rendez-vous historiques, il est désespérant de constater l’incapacité des forces politiques et sociales à se rencontrer, à dialoguer, à s’écouter… sans exclusive, ni invectives ou improvisation. Les professionnels de l’opportunisme, des débats biaisés et les apprentis sorciers aux ambitions masquées et démesurées, ne peuvent plus méconnaître la gravité de la situation et leur responsabilité devant l’Histoire et le Peuple algérien.
L’avenir de l’Algérie et les dangers qui la guettent imposent à toutes et à tous, sans exception, d’écouter la voix de la sagesse et de bannir la surenchère et les discours dilatoires. L’on ne peut, également, continuer à ignorer la désespérance ni à s’opposer impunément aux espoirs d’une jeunesse marginalisée et désabusée qui «étouffe» au sein d’une société marquée par une crise multidimensionnelle. Il est temps que le peuple algérien et sa jeunesse soient écoutés et associés concrètement et démocratiquement à la vie politique et au développement du pays.
Un régime démocratique en mesure de libérer les initiatives populaires dans le cadre d’une citoyenneté responsable et active évitera à l’Algérie, qui a tant souffert, des dérives aux conséquences extrêmement dangereuses.
Pour cela, il revient à toutes les Algériennes et à tous les Algériens de s’impliquer solidairement et pacifiquement pour transformer la peur, la méfiance, le népotisme, le régionalisme, le désespoir voire la haine en une nouvelle page de paix, de dignité, de solidarité, de citoyenneté, de justice et d’espoirs.
Loin de toute exclusion, exclusive ou intolérance, il revient à toutes les forces politiques et sociales de «bâtir» un véritable pacte républicain et d’impulser l’indispensable volonté politique qui doit porter ce choix patriotique: avant qu’il ne soit trop tard…pour bannir les brasiers!

Hamid OUSSEDIK

 Prix AFSVFP remis au comité olympique en présence de : Marie-Claire Restoux-Gasset, conseiller du président de la république Française, Hamid Oussedik, responsable des sports à l’UNESCO.

HAMID GRINE DEDICACE SON DERNIER LIVRE

Hawas ou la balade litteraire

D’une librairie à une autre, Hawas est omniprésent sur les rayons.

Hawas est un nom propre. En arabe, il donne, au sens péjoratif, un promeneur ou un baladeur. C’est quelqu’un qui aime voyager. Néanmoins, Hawas est un voyageur d’un autre genre. C’est quelqu’un qui voyage, et voyage bien dans les librairies. Il fait bien sa tournée dans les coins des librairies. Plus qu’un personnage, c’est une personne. Hawas est le principal héros du roman La Dernière prière de Hamed Grine. D’une librairie à une autre, Hawas est omniprésent sur les rayons des bibliothèques.
Encore une fois, il s’est bien «promené» avant-hier soir à la librairie Art et Lettres au Val d’Hydra, à l’occasion d’une vente-dédicace organisée par l’auteur. Entouré de plusieurs écrivains, journalistes, amis et lecteurs, le romancier Hamid Grine a signé son dernier roman.
C’était une rencontre conviviale avec les hommes de lettres et les amateurs de lecture. Parmi les écrivains présents, l’on peut citer l’ex-ministre de la Jeunesse et des Sports, auteur de plusieurs ouvrages, également commissaire de «Alger, capitale de la culture arabe 2007», Kamel Bouchama en l’occurrence, Hamid Oussedik, Salah Chekirou.
L’occasion était donc offerte aux lecteurs, présents à l’occasion, de s’approcher, une fois de plus, de l’auteur pour débattre ensemble sur Hawas. Cette séance intervient seulement après deux semaines de celle organisée à l’occasion du Salon du livre. Ayant pris connaissance de l’histoire, les lecteurs curieux voulaient connaître l’identité réelle du personnage du roman. Qui est, à l’origine, Hawas? Pourquoi le choix de ce nom? A ces questions, l’auteur explique qu’«il s’agit de l’histoire atypique d’un Algérien typique qui aime la vie au sens plus large du sens». Pour mieux le présenter, le personnage du roman est un homme qui a tous les défauts et également toutes les qualités! C’est quelqu’un à double casquette.
Le jour, il donne l’impression d’un vrai païen, un vrai pèlerin, tandis que le soir, il se convertit en un vrai fidèle.
Il aime tout et il fait tout. Il aime le Prophète (Qsssl), il fait la prière, il a peur de Dieu, mail il aime aussi les femmes, en sa qualité de dragueur de première classe. Pour bien le résumer, l’auteur dit: «Avant tout, sa première valeur est le grand amour qu’il voue à sa mère, à sa patrie, au Prophète et bien évidemment aux femmes.» C’est paradoxal! C’est «illogique»! C’est contradictoire! «Oui exactement».
C’est hypocrite? «Non. Ce n’est pas cela», répond l’auteur à deux reprises. Alors quelle a été la réaction du public face à ce paradoxe? «Je pense que les lecteurs, algériens, se sont retrouvés dans l’histoire. Il est le miroir de la société qui est toujours ma source d’inspiration.» Dans les romans, soit on est de la gauche, démocrate et laïc, soit on est de la droite. Mais la nouvelle philosophie de Grine situe Hawas au milieu de ces deux courants.
Il n’est ni l’un ni l’autre, c’est l’un et l’autre, c’est les deux à la fois! «Cette nouvelle philosophie nous aide à vivre. Elle nous sera utile même après la mort», déclare encore l’auteur.
Il passe ainsi son message à travers lequel il véhicule l’image d’un Algérien cultivé, conscient, très bien instruit, généreux et toujours noble dans sa démarche. «Un Algérien du terroir» comme il aime le qualifier. En outre, l’auteur revient à travers son personnage sur les années de la tragédie nationale. Il présente cette décennie dans une autre assiette, outre celle que tout le monde a dans son esprit. Les larmes et le sang présentés sous forme d’espoir et d’ambitions et d’un avenir florissant. A cette occasion, l’auteur Kamel Bouchama a apporté son témoignage «sur le talent de mon ami Hamid». Et d’ajouter: «Il m’est très agréable de le retrouver aujourd’hui, ensemble dans un rendez-vous avec la littérature car il est un grand romancier. Il fait quelque chose de formidable.» De son côté, Hamid Oussedik a résumé Hawas comme «une expression de bon sens populaire. C’est l’Algérie multiculturelle, tolérante. L’Algérie de la diversité et de l’unité de l’espérance, c’est l’homme algérien pétri d’humanisme et de tolérance.»
Le gérant de la librairie a confié de son côté: «Le roman est très demandé depuis, notamment, la vente-dédicace organisée au Salon du livre. Il est lu par toutes les classes, des anciens ministres, des cadres, des écrivains et des professeurs.» Enfin, on comprend bien que le personnage de Hamid Grine, décrit la vie d’un Algérien. «Si mon livre a été lu et apprécié par un Algérien, mon pari est gagné», a conclu l’auteur.

Tahar FATTANI – l’expression DZ

JEUX DE PÉKIN – La Flamme olympique et la Muraille de Chine

La Flamme olympique et la Muraille de Chine

Le 19 février 2008, je n’avais pas manqué d’analyser, dans votre quotidien, le retrait de Steven Spielberg comme conseiller pour les cérémonies d’ouverture et de clôture des J.O. comme un signal politico-médiatique fort contre la Chine. Les escales de Londres et Paris de la Flamme olympique en sont les prémices.

La Flamme olympique, symbole qui nous vient des Jeux olympiques de l’antiquité au cours desquels une flamme sacrée brûlait en permanence sur l’autel de Zeus, a été allumée pour la première fois aux Jeux de la IXe Olympiade à Amsterdam, en 1928, mais sans relais pour porter la torche. Ce sera, également, le cas lors de la Xe Olympiade à Los Angeles en 1932. Karl Diem, président du comité d’organisation de la XIe Olympiade de Berlin en 1936, proposa, après accord de Goebbels, d’allumer la flamme en ancienne Olympie et de la transporter jusqu’à Berlin via un relais du flambeau. Ce fait historique, souvent méconnu, a soulevé par moment des controverses sur le bien-fondé d’une opération qui fut décidée à l’origine pour glorifier le Troisième Reich. Depuis lors, la tradition se perpétue. Partie le 24 mars d’Olympie, la flamme olympique va parcourir 137.000 kilomètres à travers 19 pays et cinq continents avant de rallier Pékin le 6 août prochain. Le Comité d’organisation choisira Dar-El-Salam comme étape africaine et Mascate pour la région arabe. C’est son relais le plus long de l’histoire. Le dimanche, 6 avril 2008, la flamme a effectué une traversée de Londres très mouvementée. Plusieurs manifestants avaient tenté de s’en emparer ou de l’éteindre avec des extincteurs. Selon Scotland Yard, 36 personnes avaient été arrêtées pour des atteintes à l’ordre public. Malgré une présence policière record, le symbole olympique a eu bien du mal à se frayer un passage dans la capitale anglaise et a été régulièrement placé dans un bus sécurisé pour le protéger de nombreux incidents entre policiers et militants pro-tibétains. Dans la capitale française, le flambeau olympique a bénéficié d’un dispositif de sécurité considérable, digne de la protection d’un important chef d’Etat. Ce dispositif comprenait quelque 3000 policiers, sur terre, dans les airs et même sur la Seine. Une «bulle étanche» d’environ 200 mètres de long était constituée autour du porteur de l’emblème des JO, composée de 65 motards, 100 policiers en rollers et autant de pompiers de Paris joggeurs. Le porteur était suivi de 32 véhicules de CRS, soit 160 hommes, un groupe de motards fermant la marche. 1600 policiers étaient répartis sur le trajet pour parer à toute éventualité. Malgré ce dispositif et la volonté du gouvernement français de ne ménager aucun effort pour assurer dans les meilleures conditions le relais de la flamme, les dernières étapes du parcours seront annulées, à l’exemple de la cérémonie prévue à l’Hôtel de ville de Paris, à la demande des autorités chinoises. Précédent historique, la Flamme sera volontairement éteinte à plusieurs reprises par ses accompagnateurs chinois quelque peu fébriles face aux manifestants et par moment peu courtois envers certains relayeurs qui ont tant apporté au sport universel. La Flamme olympique peut-elle encore faire rêver? Son transport vers le stade Charléty s’achèvera en bus, avant son départ pour l’étape suivante, San Francisco, ou des actes hostiles ont été signalés avant son arrivée. Après un long silence le président du CIO déclarera: «Quelle que soit la raison, la violence n’est pas compatible avec les valeurs de la Flamme olympique ou des Jeux olympiques.» La réplique de Noël Mamére député Vert sera cinglante à son encontre: «Jacques Rogge (président du CIO), c’est un paillasson, un collabo d’un régime auquel il a donné les Jeux olympiques il y a sept ans. Il est dans la droite ligne de son prédécesseur Avery Brundage qui s’était soumis devant Hitler aux Jeux olympiques de 1936». Pour le porte-parole du P.S, Julien Dray: «les Jeux olympiques de Pékin tournent à la farce sinistre avant même d’avoir commencé». Enfin pour Jean François Lamour, précédant ministre des sports: «La fête est déjà gâchée (…) parce que le parcours de la flamme c’est vraiment le début des Jeux».

Jeux Olympiques et politique
Les sportifs ne font pas la guerre, leur idéal est de rapprocher les peuples et la jeunesse du monde. La gravité des violations des Droits humains en Chine et dans tant d’autres régions du monde, impose une égale vigilance et une exigence de tous les instants que ne peuvent compenser durablement des actes conjoncturels et spectaculaires. Oui pour un sport propre! Oui pour les Jeux! Oui pour les sportifs! Oui pour l’amitié entre les peuples: aux politiques de servir l’idéal olympique en faisant régner la paix partout dans le monde avec la même exigence du respect et de la défense des droits humains. L’on ne peut faire porter aux seuls sportifs toute la mauvaise conscience de la communauté internationale. Dans un précédent article paru dans votre quotidien je n’avais pas manqué de prévoir ces événements tant la décision de postuler à l’organisation des J.O. est un acte politique important. Le choix de la ville organisatrice est également une décision politique importante tant au niveau national qu’international. Qui peut croire que la candidature et la désignation de Pékin n’étaient pas en elles-mêmes un acte politico-économique? Un caractère politique auquel il convient d’ajouter le rôle, parfois déterminant, des sponsors principaux du C.I.O. tels que Nike, Coca-Cola, McDonald’s, Général Electric, Visa, Kodak, Volkswagen, les titulaires des droits de diffusion, etc. La mondialisation des événements sportifs est bien antérieure à celle de l’économie. D’ailleurs les légitimes préoccupations des Droits humains devraient appeler à poursuivre la logique jusqu’au bout en demandant le boycott des sponsors.
Confondre les causes et les effets ne participera pas à la clarté du débat. Il est difficile de croire l’actuel président du CIO lorsqu’il affirme «il ne faut pas mêler le sport à la politique». En novembre 1975 au congrès de Neuchâtel, l’ancien président du Comité international olympique (CIO), Juan Antonio Samaranch, déclarait lui-même: «Nul doute que les compétitions sportives, et en particulier les Jeux olympiques, reflètent la réalité du monde et constituent un microcosme des relations internationales.» Ce point de vue s’est largement répandu chez les observateurs politiques depuis avril 1971, date à laquelle une équipe américaine de ping-pong est allée en Chine alors que ce pays n’entretenait pas de relations diplomatiques avec les États-Unis. Cette page apparemment banale de l’histoire des sports, est pourtant célébrée comme césure historique et se retrouve même dans les encyclopédies en tant que «diplomatie du ping-pong». Plus de doute: il y a un rapport immédiat entre le sport et les problèmes internationaux. Le président Nixon n’avait-il pas déclaré qu’«en jouant au ping-pong, nos deux pays ont effacé les incompréhensions du passé». Il est difficile d’être plus explicite dans la description des rapports entre le Comité olympique international et les pouvoirs politiques que ne le fut en juillet 2005 la 117e session du CIO à Singapour. Pour rappel, celle-ci a, notamment attribué l’organisation des Jeux olympiques d’été 2012 à Londres après que Tony Blair, Jacques Chirac, Bertrand Delanoë et tant d’autres dirigeants et élus politiques internationaux ou nationaux se soient soumis à un travail de coulisses et au «grand oral» devant l’assemblée du CIO. De fait, il est indéniable que le Comité international olympique et plus largement l’ensemble des composantes du Mouvement olympique, en particulier les Comités nationaux olympiques et les Fédérations internationales de sport, mais aussi certaines des organisations reconnues par le CIO telles que l’Agence mondiale anti-dopage, développent une activité qui les met en rapport direct et régulier avec les acteurs politiques et pas des moindres. Tout en affirmant son indépendance et en précisant que seule la préoccupation olympique motive les actions de ses membres, le CIO, soucieux de pérenniser son existence, a toujours coopté une large représentation politique. L’olympisme s’est imposé, en un peu plus d’un demi-siècle, à la fois comme l’organisation internationale rassemblant le plus grand nombre de pays (205), la première entreprise de spectacle du monde, avec les jeux d’été et d’hiver alternés tous les deux ans, et porteur d’une puissante mythologie contemporaine, capable de cristalliser une charge symbolique universelle. Le spectacle sportif, forme moderne des jeux, est devenu, par ailleurs, avec l’internationalisation des médias, l’un des moyens dominants de la communication de masse. Il contribue à façonner l’opinion publique mondiale. Cet enjeu ne peut s’analyser qu’en tenant compte des relations complexes unissant le sport, les médias et les firmes multinationales. Le débat autour de ce point fait ressortir principalement deux logiques: l’une purement économique, l’autre d’inspiration politique, et sans doute faut-il chercher ailleurs que dans l’économique les motivations de dirigeants de plus en plus nombreux, rêvant d’accueillir les jeux modernes. Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour demander une limitation du gigantisme et de la sophistication des installations et des équipements. Une délocalisation plus systématique des grandes manifestations, une représentation plus équitable au sein des instances sportives mondiales. Chaque fois qu’elles ont été soulevées, ces questions ont donné lieu à des échanges passionnés. Le véritable problème est que, sous la pression d’enjeux commerciaux de plus en plus élevés et de lobbies des plus actifs, «l’universalisme» des Jeux est devenu synonyme de multiples dérives, argent, corruption, dopage, commerce des jeunes talents, surcompétitions, sophistication et gigantisme des installations, déréglementation…autant de phénomènes qui atteignent progressivement l’ensemble des niveaux et des pratiques, mettant gravement en danger l’éthique sportive. Comment stopper une telle dérive? Peut-on imaginer une mondialisation du sport qui échappe aux logiques de la concurrence économique? Doit-on se doter de nouvelles règles internationales pour préserver l’éthique sportive? Quelles relations doivent guider sport et politique?

Débat de fond
C’est là un débat de fond extrêmement important qui mérite d’être abordé avec franchise et sérénité: dans toute sa globalité. Il importe de soutenir les Jeux olympiques et les grandes manifestations sportives internationales. Il n’est pas de meilleur moyen de le faire que de veiller à ce que ces manifestations demeurent, dans leur préparation, leur organisation et leur déroulement, fidèles aux principes de la Charte olympique. C’est là un débat d’une très grande importance; il faut souhaiter qu’il soit repris par toutes les éminentes personnalités et les défenseurs des Droits humains qui, ainsi, pourront contribuer, grandement, au renforcement des valeurs originelles de l’olympisme et de l’humanisme sportif. Nul ne doit se taire face aux violations des Droits humains, en Chine ou ailleurs. L’on ne peut que se féliciter de toutes les mobilisations dans ce sens, mais prenons garde, également, aux approches sélectives, veillons à ne pas blesser la dignité du peuple chinois. Le sport est sans frontières. Il réunit les pays et les régions dans ce qui est magnifiquement incarné et conçu par les principes olympiques. Le sport promeut, par la coopération internationale, les valeurs de la dignité humaine, l’égalité et la non-discrimination. Quand on parle des diverses façons dont le sport peut contribuer à promouvoir les principes et les normes prescrites par les droit humains, nous devons également nous souvenir que le sport peut être parfois dévoyé par des objectifs mercantilistes, politiques, obscurantistes et discriminatoires. La dignité humaine peut en pâtir si la pratique sportive n’est pas libérée ou si les principes d’égalité, de solidarité et de fair-play ne sont pas, comme il se doit, respectés. C’est en cela qu’il appartient, en premier lieu, au CIO de revisiter ses sources.

STEVEN SPIELBERG ET LES J.O. DE PÉKIN

Une mondialisation sans pareille

Les Jeux Olympiques sont un rassemblement sportif quadriennal planétaire extraordinaire et engagent d’immenses enjeux économico-politiques.

Le retrait de Steven Spielberg, comme conseiller pour les cérémonies d’ouverture et de clôture des J.O. de Pékin s’analyse comme un signal politico-médiatique fort contre la Chine. Spielberg a été accueilli à Pékin, il y a trois mois, comme un véritable chef d’Etat. Sa décision de rejoindre ceux qui accusent la Chine de bafouer les droits humains tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières semble avoir quelque peu dérouté les autorités chinoises. Le président du C.I.O. réagira, bien avant les autorités chinoises, pour souligner que «l’absence de Spielberg ne nuira pas à la qualité des Jeux» et que «le C.I.O. est une association sportive non politique». Il est vrai que toute autre position de sa part aurait débouché sur ‘‘pourquoi avoir choisi Pékin pour 2008’’? La Chine, par une déclaration du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, «ne souhaite pas voir un tel événement attendu par le monde entier perturbé par des problèmes politiques. C’est contraire à l’esprit olympique». Oubliant le rôle des USA qui ont poussé au boycott des Jeux de Moscou en 1980 par une cinquantaine de pays, dont notamment la Chine, le Canada et l’ancienne République fédérale d’Allemagne, le président Bush a réagi rapidement en annonçant: «Je vais me rendre aux J.O. de Pékin. Je considère les J.O. comme un événement sportif». Il convient de signaler que la décision de Spielberg prend le relais des critiques de huit anciens prix Nobel de la Paix dont le prélat sud-africain Desmond Tutu et Roberta Menchu, figure emblématique et autorité morale en Amérique latine, de Reporters sans frontières, de Team Darfur, créé par des athlètes d’une douzaine de pays et d’artistes fort connus comme Mia Farrow. Des Jeux de Berlin en 1936 à ceux de Pékin en 2008, les Jeux Olympiques n’ont jamais cessé de baigner dans la géopolitique. Aucune profession de foi ne peut masquer cette réalité.

L’environnement géopolitique des J.O., une réalité
Quelques exemples méritent d’être rappelés: commençons par la vive réaction d’Avery Brundage, ancien président du C.I.O. contre Tommie Smith et John Carlos, deux athlètes américains, après leur salut des Black Panthers lors des J.O. de Mexico en 1968. Le même Avery Brundage, connu pour ses propos racistes, ira jusqu’à déclarer que «les Jeux de Berlin avaient été les plus beaux de l’histoire moderne». En 1968, huit jours après l’ouverture des Jeux de Mexico, une manifestation d’étudiants se solda par trois cents morts. Lors du congrès du C.I.O. à Neuchâtel, en novembre 1975, Juan Antonio Samaranch, président du C.I.O., déclare «nul doute que les compétitions sportives, et en particulier les Jeux Olympiques, reflètent la réalité du monde et constituent un microcosme des relations internationales». En 1976, 22 pays africains quittent les Jeux de Montréal par solidarité avec le peuple sud-africain. En 1980, les USA, la Chine, le Canada et l’ancienne RFA et une cinquantaine de pays décident de boycotter les Jeux de Moscou en représailles à l’intervention soviétique en Afghanistan. Comment oublier l’image du perchiste polonais fêtant sa médaille d’or, aux J.O. de Moscou, par un bras d’honneur lourd de sens. En 1984, l’ex-URSS et l’ancien bloc de l’Est, à l’exception de la Yougoslavie et de la Roumanie, décident de ne pas participer aux Jeux de Los Angeles. Durant ces dernières décennies, le sport est devenu un phénomène universel.
Les manifestations sportives des J.O. sont retransmises dans le monde entier. Cette mondialisation de l’image sans pareille, les immenses enjeux économiques et politiques dans lesquelles baignent les J.O. aiguisent les contradictions et les tensions. Le spectacle sportif, forme moderne des Jeux, est devenu, avec l’internationalisation des médias, l’un des moyens dominants de la communication de masse. Il contribue à façonner l’opinion publique mondiale.
Cet enjeu ne peut s’analyser qu’en tenant compte des relations complexes unissant le sport, les médias et les firmes multinationales. La couverture médiatique des J.O., la visibilité sans pareille du pays organisateur ne pouvaient échapper à l’attention des uns et des autres.
Le régime chinois le savait et comptait, comme tous les pays organisateurs précédents, faire étalage de sa réussite durant ces Jeux. Il est inévitable que les Etats, tous les Etats politisent les J.O. et que les entreprises sponsors pensent d’abord à leurs intérêts.
Cette réalité a maintes fois infirmé le principe de candidatures au niveau des villes et non pas national. La décision de postuler à l’organisation des J.O. est un acte politique important. Le choix de la ville organisatrice est également une décision politique importante tant au niveau national qu’international. Qui peut croire que la candidature et la désignation de Pékin n’étaient pas en elles-mêmes un acte politico-économique?
Un caractère politique auquel il convient d’ajouter le rôle, parfois déterminant, des sponsors principaux du C.I.O. tels que Nike, Coca-Cola, McDonald’s, Général Electric, Visa, Kodak, Volkswagen, les titulaires des droits de diffusion, etc. La mondialisation des événements sportifs est bien antérieure à celle de l’économie.

Argent, corruption et dopage
Mais, depuis le début des années 1980, sous la pression d’enjeux commerciaux de plus en plus élevés et de lobbies des plus actifs, cette mondialisation est devenue synonyme de multiples dérives, argent, corruption, dopage, commerce des jeunes talents, sur-compétitions, sophistication et gigantisme des installations, déréglementation…autant de phénomènes qui atteignent progressivement l’ensemble des niveaux et des pratiques, mettant gravement en danger l’éthique sportive. Comment stopper une telle dérive? Peut-on imaginer une mondialisation du sport qui échappe aux logiques de la concurrence économique?
Doit-on se doter de nouvelles règles internationales pour préserver l’éthique sportive? Quelles relations doivent guider sport et politique? C’est là un débat de fond extrêmement important qui mérite d’être abordé avec franchise et sérénité: dans toute sa globalité. Il importe de soutenir les Jeux Olympiques et les grandes manifestations sportives internationales. Il n’est pas de meilleur moyen de le faire que de veiller à ce que ces manifestations demeurent, dans leur préparation, leur organisation et leur déroulement, fidèles aux principes de la Charte Olympique.
C’est là un débat d’une très grande importance; il faut souhaiter qu’il soit repris par toutes ces éminentes personnalités et les défenseurs des droits humains qui, ainsi, pourront contribuer, grandement, au renforcement de l’humanisme sportif.
La décision de M.Spielberg semble annoncer une opération médiatique d’envergure. Attendons pour mieux comprendre s’il ne s’agit pas d’une sorte de remake des J.O. de Moscou et de Los Angeles.

LA JEUNESSE ALGÉRIENNE AU CARREFOUR DU DÉVELOPPEMENT (3e Partie et fin)

L’urgence d’une stratégie

Le chômage entraîne une dévalorisation sociale des diplômes, pousse à une ‘’réinsertion’’ dans l’informel et accentue le désir de ‘’tenter sa chance’’.

5- Jeunesse et sport:
Les activités sportives constituent une forme d’expression privilégiée de la jeunesse. Elles sont aussi un vecteur de communication porteur de valeurs d’effort, de persévérance, d’autodiscipline, de fair-play, d’esprit d’équipe, d’amitié et de solidarité, et constituent par là même, un puissant levier pour enrayer l’intolérance, la ségrégation, la violence et la marginalisation dont sont victimes les jeunes, surtout en milieu urbain. Les activités et les manifestations sportives, placées sous le signe de la fête et de la solidarité, permettent aussi aux jeunes de vivre une meilleure qualité de vie.
Le rapport «L’Education, un trésor est caché dedans» de la commission de l’Education pour le XXIe siècle, n’a pas manqué de souligner l’importance de l’éducation physique et du sport dans le système éducatif et de la formation tout au long de la vie. L’accès des jeunes aux pratiques sportives et la promotion de ses valeurs éthiques sont plus que jamais d’actualité. Est-ce possible…au niveau d’un secteur qui est en «échec durable?» pour reprendre les termes du président de la République.

6- Jeunesse et environnement:
L’action de la jeunesse en faveur de la protection de l’environnement est appelée à devenir très importante. Les jeunes doivent prendre conscience de l’importance de cette question et se mobiliser en conséquence. L’accent devra être mis sur la formation et la sensibilisation écologique, l’insertion professionnelle et l’ouverture de nouvelles alternatives d’emploi. Du reste, l’engagement de l’Algérie pour les objectifs du millénaire pour le Développement durable milite en faveur d’actions majeures dans le domaine de l’environnement. Le ministère actuel a accompli des efforts louables dans ce sens et mérite une assistance et un soutien plus grands dans la réalisation à moyen et long termes d’un programme d’action spécifique «Jeunesse»

Décennie en vue du développement durable
La Décennie des Nations unies pour l’éducation en vue du développement durable a été proclamée, depuis le 1er janvier 2005. Le projet de plan international de mise en oeuvre du programme de la Décennie définit un cadre assez large dans lequel tous les partenaires pourront jouer un rôle dans la mise en oeuvre de cette Décennie. Pour peu que certaines conditions soient réunies, la jeunesse algérienne est capable de joindre son dynamisme et son engagement pour contribuer à la protection de l’environnement tant au niveau national qu’international.

7- Jeunesse et pauvreté:
En Algérie, lors d’une récente réunion consacrée à la jeunesse, le président de la République, abordant la situation précaire d’une grande partie de la jeunesse et la crise de confiance qui s’installe entre les jeunes et les pouvoirs publics, soulignera: «Les 2400 harragas recensés et les kamikazes d’Alger, de Lakhdaria, de Batna et de Dellys pourraient devenir bien plus nombreux, si l’on n’y prenait garde». Le constat alarmant fait par le président de la République lors de cette réunion, la gravité des problèmes soulevés, laisse supposer qu’ils seront suivis, très rapidement, par des décisions peu compatibles avec les récurrentes actions conjoncturelles et ‘médiatiques’. Ce qui est remarquable, à ce niveau, c’est le chômage des jeunes de moins de trente ans dont la tendance est à la hausse (72% en 2003 et 73% en 2004) et qui touche un nombre important de diplômés de l’enseignement supérieur et de la formation professionnelle. Cette situation entraîne une dévalorisation sociale des diplômes, pousse à une «réinsertion» dans l’informel et accentue le désir de «tenter sa chance» sous d’autres cieux. Une récente information reprise par la presse nationale, nous a appris que l’agglomération d’Alger ne compterait pas moins de «40.000 bidonvilles».
D’ici 2030, toutes les villes du monde en développement, grandes et petites, abriteront 81% de la population urbaine de la planète; 90% de ces habitants vivront dans des taudis. Lors de la quatrième session du Forum mondial du système des Nations unies pour la jeunesse en l’An 2000 et du Sommet mondial pour le développement social en 1999, l’ensemble des pays se sont engagés à formuler et à appliquer des stratégies qui donneraient aux jeunes, partout dans le monde, une chance réelle de trouver un travail décent et utile. Cet engagement sera ensuite inscrit au nombre des objectifs du Millénaire pour le développement.

Stratégie en faveur de l’emploi des jeunes
Un groupe d’experts désignés par le secrétaire général des Nations unies élaborera, en 2001, des recommandations articulées autour des quatre priorités stratégiques mondiales que sont: l’aptitude au travail, l’esprit d’entreprise, l’égalité des chances et la création d’emplois. Ces dix dernières années, la communauté internationale a cherché, plus activement, à remédier au chômage des jeunes. Le Réseau pour l’emploi des jeunes apporte aujourd’hui son aide à 10 pays chefs de file, résolus à mener des stratégies nationales en faveur de l’emploi des jeunes, ainsi qu’à un certain nombre d’autres pays qui s’apprêtent à en faire autant. Le manque de données ventilées par tranches d’âge, et le fait que la plupart des études sur la pauvreté ne sont pas spécifiquement axées sur les jeunes, continue de faire obstacle à une analyse approfondie des caractéristiques propres à la pauvreté chez les jeunes. Les nombreuses expériences initiées au niveau international, peuvent enrichir grandement la réflexion et les actions qui pourraient être menées en Algérie.

8- Les jeunes, la tolérance et la culture de la paix:
Selon le rapport de la Commission internationale de l’éducation pour le XXIe siècle, apprendre à vivre avec les autres est un des enjeux majeurs dans un monde confronté à la résurgence de la violence. En développant la découverte et la compréhension de l’autre et la perception des interdépendances, en réalisant des projets communs, dans le respect des valeurs de pluralisme, de compréhension mutuelle et de paix, les activités de jeunesse offrent à cet égard un vaste champ d’action pour l’éducation pour la paix. Ces activités doivent prendre le relais de l’école pour initier les jeunes à des projets communs dans les domaines sportifs, culturels et sociaux afin qu’ils se sentent responsables de leur environnement et de la communauté à laquelle ils appartiennent. Dans des sociétés en pleine mutation, le problème n’est plus tellement de préparer les jeunes à une réalité sociale immuable, mais de leur fournir les repères intellectuels et éthiques leur permettant de comprendre le monde qui les entoure et d’agir en tant qu’acteurs responsables. Afin de dispenser une telle éducation, il faut tenir compte du caractère transdisciplinaire de son contenu, qui englobe à la fois des questions liées aux droits humains, à la démocratie et au pluralisme culturel. Les jeunes ont ainsi un rôle essentiel à jouer dans la promotion de la culture de la paix et de la démocratie.

9- Jeunesse, santé et VIH/sida:
Plus de 6000 jeunes sont, chaque jour, contaminés à travers le monde par le virus. Le risque d’infections du VIH sida étant directement associé au comportement individuel, il est indispensable que les jeunes bénéficient d’informations et d’une éducation préventive, afin de réduire le risque de contamination. La crise du sida continue de prendre de l’ampleur, sans aucune solution médicale en vue. Une politique de prévention au sein de la jeunesse doit être au coeur des préoccupations afin d’encourager des attitudes propres à freiner l’expansion de l’épidémie et ses effets dévastateurs. Seul un consensus sur les enjeux et les actions à entreprendre, notamment au niveau de la jeunesse, peut permettre d’améliorer l’efficacité et la rapidité des actions visant à limiter la progression et les effets du VIH/sida.

Technologies de l’information et de la communication (TIC)
La révolution dans les technologies de l’information, grâce à laquelle les processus de mondialisation fonctionnent et s’accélèrent, modifie rapidement les cultures locales de la jeunesse tout en créant parallèlement un potentiel positif des TIC pour l’ensemble des jeunes.

V- Quel regard sur l’avenir?
A la lumière de ce qui précède, et des quelques points soulevés, découlent trois interrogations fondamentales:
- Comment être mieux à l’écoute des jeunes?
- Comment renforcer le partenariat avec les jeunes?
- Comment atteindre ces objectifs?
La participation des jeunes à la prise de décision est unanimement reconnue dans le monde, comme une nécessité incontournable. Le devenir de la jeunesse doit être plus que jamais au coeur de l’action gouvernementale et de toutes les institutions nationales. Cette reconnaissance appelle en premier lieu à la mise en place d’un Conseil national, des conseils de wilaya et communaux de la jeunesse comme des outils privilégiés de participation des jeunes. L’efficacité et la crédibilité de ces conseils imposent d’éviter qu’ils ne soient, une fois de plus, des mécanismes d’appoint clientélistes, voire de simples faire-valoir issus d’opérations de cooptation. Lieux d’écoute et d’échanges entre les jeunes et le corps politique, les conseils de la jeunesse doivent permettre, en priorité, aux jeunes d’être associés activement à la formulation, à la mise en place et à l’évaluation des décisions publiques qui les concernent. Il s’agit d’instruments permettant de mobiliser les différentes parties concernées par la planification et la réalisation des programmes en faveur de la jeunesse. Pour avoir de meilleures chances de réussite, la politique nationale en faveur de la jeunesse nécessite un environnement riche de possibilités et un cadre général suffisamment flexible pour permettre l’implication d’un grand nombre d’acteurs. Toute politique en faveur de la jeunesse doit se baser de manière stricte et non équivoque sur une compréhension nationale de l’opinion de la jeunesse. C’est uniquement à cette condition qu’il sera possible d’élaborer une politique susceptible d’être couronnée de succès auprès des jeunes concernés. Si elle ne remplit pas cette condition, comment peut-elle en remplir d’autres? Si les objectifs de la politique en faveur de la jeunesse doivent être fixés via un processus de consultation au niveau national, les objectifs stratégiques généraux devront être déterminés au préalable. Ces importants objectifs stratégiques apparaissent ainsi comme étant de nature normative, ils sont issus des principes et des valeurs soutenant cette politique et ils servent de base à la logique qu’elle nécessite. Pour être réussie, l’intégration de la politique en faveur de la jeunesse nécessite l’implication de toutes les institutions et de tous les ministères concernés lors de la phase de formulation, ce qui assurera ainsi une certaine collaboration lors de la mise en place de la politique.

Le Conseil national de la jeunesse: composé de membres dont il faudra déterminer le nombre et la qualité, le Conseil national de la jeunesse (CNJ) aurait pour missions de:
1- Promouvoir la politique de la jeunesse
2- Développer des plans d’action et des projets spécifiques
3- Créer des mécanismes appropriés pour la mise en oeuvre et la coordination de la politique,
4- Garantir la participation des jeunes dans la mise en oeuvre des projets
5- Créer des espaces multiples pour la participation des jeunes
6- Impulser les conseils locaux de la jeunesse
7- Organiser un site Internet pour les conseils de la jeunesse

Les jeunes au sein des conseils: Il serait fait appel à des jeunes élus par leurs pairs et engagés dans la vie publique, acteurs publics, partenaires associatifs, syndicats, universitaires et divers autres organismes impliqués dans les politiques de jeunesse, mises en oeuvre par l’Etat. Plus un(e) jeune dispose d’opportunités de participation importantes, plus il (elle) devient expérimenté(e) et compétent(e); plus sa participation sera effective et favorisera, en retour, le développement durable.
Devant une jeunesse qui a perdu confiance en elle-même, voire en son pays, une exigence historique commande de lui redonner espoir à travers, notamment, un véritable programme national spécial jeunesse dont l’urgence, l’importance et la réalisation sont capitales pour la stabilité et l’avenir de l’Algérie. Un programme qu’il serait souhaitable de placer directement sous la plus haute autorité de l’Etat; pour que la politique nationale de la jeunesse soit effectivement une priorité de fait et de réalité.

LA JEUNESSE ALGÉRIENNE AU CARREFOUR DU DÉVELOPPEMENT (2e Partie)

Au début était l’école

Dans un environnement en perpétuelle évolution, comment s’adapter et être compétitif dans le cadre de l’interdépendance qui résulte de la mondialisation?

En 1995, les Etats membres de l’Organisation des Nations unies ont pris l’engagement d’améliorer les conditions de vie des jeunes dans le monde en apportant plus de ressources dans les 10 problèmes qui entravent l’épanouissement de la jeunesse et qui représentent des défis pour le monde entier. Ils ont consigné leurs engagements dans un document spécial, baptisé: «Programme d’action mondial pour la jeunesse à l’horizon 2000», qui identifie dix questions comme la plus grande priorité des gouvernements:
1.Education
2.Emploi
3.Faim et Pauvreté
4.Santé
5.Environnement
6.Utilisation abusive des drogues
7.Délinquance juvénile
8.Loisirs
9.Filles et jeunes femmes
10.Participation entière et effective à la vie sociale et à la prise de décision.
En 2003, le dernier Rapport mondial sur la jeunesse des Nations unies a recommandé l’adoption de cinq nouveaux champs prioritaires, tous d’égale importance, pour les stratégies politiques en faveur de la jeunesse:
11.La mondialisation
12.Les technologies de l’information et des communications
13.Le VH/Sida et les jeunes
14.Les jeunes et les conflits
15. Les relations intergénérationnelles.
Sur la base des priorités énumérées, une réflexion peut s’organiser de façon non exhaustive autour des thèmes suivants:

1.Jeunesse et mondialisation
La génération actuelle doit faire face à une augmentation des écarts sociaux et doit relever de nombreux défis: ce sont les jeunes qui affrontent peut-être plus que n’importe quel autre groupe social les incertitudes et les risques générés par le processus de mondialisation économique et culturelle. La jeunesse algérienne est-elle, actuellement, soutenue et encouragée pour inscrire sa réflexion et sa réorganisation, repenser sa place, ses objectifs et son action dans le cadre de l’évolution actuelle du monde? Une telle approche suppose une sérieuse réflexion pour essayer d’apporter des réponses à un certain nombre de questions fondamentales. Quelle place pour l’Algérie dans le nouvel ordre mondial en gestation? Comment être compétitif dans le cadre de l’interdépendance qui résulte de la mondialisation? Comment la jeunesse algérienne doit-elle s’adapter? Avec quelle stratégie et quels moyens? Que peuvent lui apporter les nouvelles technologies? Quelle place et quel rôle pour notre jeunesse face aux profonds changements et aux constantes mutations? Toutes ces questions, et tant d’autres, appellent à des réponses claires que ne facilite pas le contexte actuel. Plus qu’une simple évaluation ou une réponse chiffrée, une réflexion rigoureuse et sereine, sur la situation actuelle de la jeunesse et les perspectives envisagées peut parvenir, grâce au concours de toutes les potentialités existantes, à des décisions susceptibles d’apporter les corrections, les améliorations souhaitées et les redressements nécessaires.

2.Jeunesse et responsabilité sociale
Il serait trompeur de vouloir aborder la situation des jeunes, simplement, sous l’angle de leur avenir. Il s’agit, également, et avant tout, de leur présent et de la possibilité de jouir pleinement de leur «jeunesse»; ce qui représente certainement le meilleur investissement d’avenir pour chaque jeune et pour la société elle-même (gain de compétence, de qualification, de santé, d’estime de soi). Ses préoccupations, ses aspirations, ses besoins sont de véritables problèmes de société qu’il est indispensable d’inscrire au registre des priorités nationales afin de redonner à la jeunesse algérienne espoir en son avenir et en son pays. Réduits à vivre dans la précarité, sans emploi, sans loisir et sans perspective, il est difficile pour les jeunes d’envisager une vie harmonieuse dans la cité. Une approche adéquate du problème de l’emploi des jeunes dans une perspective plus durable doit être envisagée en priorité. Une approche qui accorde une plus large place aux milieux dans lesquels vivent les jeunes, au développement de leurs potentialités et esprit d’entreprise. Des activités de jeunes peuvent être initiées dans des domaines aussi variés que le tourisme culturel, le développement de l’artisanat, les «éco-jobs» ou le recyclage. Ces initiatives constituent le plus souvent des microprojets mais dont les réussites, même d’envergure modeste, sont souvent significatives dans la mesure où les retombées sont visibles pour les jeunes qui les ont initiées et peuvent avoir également un impact sur les macro-politiques.

3.Jeunesse et éducation
L’idée de base est fondée, à travers le monde, sur l’impérieuse nécessité de promouvoir les capacités nationales par la valorisation, en priorité, du capital humain. Tout développement national ne peut se faire que sur la base des ressources humaines nationales. Il n’est point besoin d’ajouter que la contribution des cadres nationaux à l’étranger est une valeur ajoutée inestimable pour l’accélération du processus de croissance et de développement durable. L’assistance technique étrangère ne peut avoir une place utile que dans la mesure où elle remplit une fonction de complémentarité et non de substitution.Des pays émergents, comme la Chine, l’Inde et le Brésil, bénéficient de plus en plus d’un capital humain de haut niveau de compétitivité qui les projette aujourd’hui, au premier rang de la croissance mondiale. L’éducation est un des points fondamentaux pour l’avenir des générations futures et de l’Algérie qui, à l’instar des Etats membres de l’Unesco, a inscrit l’Education pour tous (EPT), comme objectif prioritaire.
Si des efforts incontestables ont été faits pour favoriser la scolarité du plus grand nombre, il convient de relever que cette massification s’est faite au détriment de la qualité de l’enseignement.
Selon le Rapport de l’Unesco portant sur l’évaluation de l’EPT à l’an 2000, le système algérien était fortement marqué dans les années 90 par de sérieux dysfonctionnements tels que les taux de redoublements et d’abandons élevés tant au niveau de l’enseignement de base que secondaire (voir Unesco «Bilan de l’éducation pour tous à l’an 2000», dans World Youth Report). Selon ce rapport: «Enseignants et formateurs manquent singulièrement de formation, de moyens de soutien, de supports pédagogiques et de conditions favorables pour mener leur tâche à bien, ce qui entame la qualité de l’enseignement dispensé aux jeunes». Le rapport d’évaluation de l’EPT, tout en soulignant que les résultats obtenus sont très en deçà des dépenses engagées, concluait que: «l’école fondamentale est incapable de faire parvenir une grande proportion d’élèves jusqu’en fin de cursus scolaire, et encore moins celui de leur fournir les compétences nécessaires pour leur permettre de réussir au diplôme de fin de cycle».

Réduire les dysfonctionnements
Pour réduire les dysfonctionnements recensés dans les années 90, le gouvernement a installé en mai 2001, une Commission nationale de réforme du système d’éducation et de formation pour étudier les taux d’abandons élevés, les coûts qu’ils engendrent et les résultats obtenus, définir les éléments constitutifs de la nouvelle politique éducative avec un schéma directeur, les objectifs, les stratégies, les échéanciers et les moyens à mettre en oeuvre.
Sans un système d’éducation efficace, un pays est incapable de former une main-d’oeuvre compétente, productive et compétitive dont il a besoin pour maintenir et améliorer les performances économiques et sociales, accroître la richesse nationale et éliminer la pauvreté. A travers le monde, la substitution des ressources humaines hautement qualifiées aux ressources naturelles constitue, aujourd’hui, la clé de tout processus de développement durable. La réponse opérationnelle à la situation actuelle de l’enseignement devrait être fondée sur une approche de planification stratégique à moyen et à long termes. Les dysfonctionnements du système et l’insuffisance de qualité ne peuvent trouver de solution rapide et efficace qu’à travers une approche systémique globale.
Les programmes scolaires ne préparent pas toujours idéalement les jeunes aux attentes du marché du travail. Dans les pays développés, on estime qu’entre 10 et 20% des besoins globaux de la population en matière d’apprentissage ne sont pas satisfaits par les systèmes d’enseignement traditionnel existants.
L’apparition de nouveaux concepts, tels que l’apprentissage non scolaire, l’éducation permanente, l’enseignement à distance, l’apprentissage en ligne et la formation sur le terrain montrent que l’éducation revêt des formes de plus en plus diverses qui sortent du cadre traditionnel de la salle de classe. Dans cette perspective, entourée de tout le sérieux requis en la circonstance, la mise en place de systèmes de validation de l’apprentissage non scolaire pour les jeunes peut être étudiée pour donner une chance à tous ceux qui ont quitté le système éducatif. La mondialisation et la révolution technologique, compliquées par une aggravation des inégalités dans le monde, appellent à de nouvelles réponses aux besoins des jeunes en matière d’éducation et de formation.
Si l’on considère que toute entreprise de développement rapide requiert d’abord une production intensive de cadres hautement qualifiés et compétitifs, il faut se rendre à l’évidence que cette équation constitue un véritable obstacle à la volonté politique de décollage économique. L’assurance qualité et le rehaussement du niveau des connaissances et des compétences des universités nationales passent par des mesures de modernisation jusque-là peu explorées.

4.Jeunesse, culture et loisirs
Le rapport de la Commission mondiale de la culture et du développement «Notre diversité créatrice» a consacré une large place aux enfants et aux jeunes. L’interface entre la jeunesse et la culture se situe à plusieurs niveaux. Il s’agit de fonder l’identité sur la culture: c’est par elle que la jeunesse assume une relation harmonieuse entre le passé, le présent et l’avenir.
L’on doit s’attacher à la fois à rendre la jeunesse consciente de ses racines, afin qu’elle puisse disposer de repères lui permettant de se situer dans le monde et lui apprendre le respect des autres cultures. Les activités concernant la jeunesse et le patrimoine culturel ont, de ce fait, une importance capitale. Toutes les sociétés reconnaissent l’importance des loisirs pour le développement des capacités psychologiques, cognitives et physiques des jeunes.

Jeux, sport et culture
Les loisirs comprennent les jeux, les sports, les manifestations culturelles, les spectacles et des travaux d’intérêt général. Les jeunes devraient avoir aisément accès à ce type de programme. Dans cette perspective, un certain nombre de mesures pourraient être prises en sollicitant la participation active des mouvements et organisations de la jeunesse. De façon non exhaustive, l’on peut citer:
-Prévoir l’établissement de programmes et d’équipements récréatifs, en accordant une attention particulière aux zones fortement peuplées. De même, les programmes de développement rural devraient tenir dûment compte des besoins des jeunes des zones rurales en matière de loisirs.
- Donner la priorité aux loisirs en fournissant aux établissements d’enseignement les ressources qui leur permettraient de mettre en place l’infrastructure nécessaire à cette fin. Les loisirs pourraient, par ailleurs, faire partie du programme scolaire normal.
- Encourager les jeunes à participer aux activités touristiques, aux manifestations culturelles internationales, aux sports et à d’autres activités d’intérêt majeur pour la jeunesse.
- Assistance aux jeunes qui investissent dans l’art dramatique, l’art plastique, la musique et autres formes d’expression culturelle.
- Encourager les médias à faire connaître et comprendre aux jeunes tous les aspects de l’intégration sociale, y compris la tolérance et la non-violence. Comme le rappelle le Programme mondial de l’action pour la jeunesse, «la question des dangers qui menacent le bien-être des jeunes comme, par exemple, le sida, la délinquance, les conflits et la toxicomanie, est étroitement liée à la présence ou à l’absence de projets et de programmes durant les heures de loisir. Il importe donc de continuer de placer les activités menées pendant le temps de loisirs dans le cadre général de l’épanouissement des jeunes et de leur participation au développement».

(à suivre)

LA JEUNESSE ALGÉRIENNE AU CARREFOUR DU DÉVELOPPEMENT (1re PARTIE)

La bombe humaine

La jeunesse algérienne vit, à l’instar de la communauté nationale et internationale, une phase historique d’une très grande importance. Il y a un an, j’avais souligné dans votre quotidien: «Nous voyons sous nos yeux les effets de la mondialisation ébranler le statu quo en générant d’énormes convulsions économiques, sociales, culturelles et, par conséquent, politiques. Des gouvernements faibles, des économies retardataires, différents intégrismes religieux et la poussée de la jeunesse se conjuguent de plus en plus, dans certaines régions du monde, pour créer une dynamique de tempête. Durant les prochaines années, l’ordre international va connaître une période de mutations sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. L’Algérie et sa jeunesse ne pourront rester étrangères à ces mutations et bouleversements». Le terme «jeunesse» est utilisé par beaucoup de pays pour désigner des personnes qui n’ont pas l’âge de jouir d’un égal traitement civil, souvent référé par la loi comme «l’âge de majorité». Dans un grand nombre de pays, les jeunes sont considérés comme adultes à partir de 18 ans. En Algérie, comme dans le reste du monde, la jeunesse ne constitue pas un groupe homogène ni par sa situation économique et sociale, ni même par l’âge. Depuis 1985, le groupe d’âge de 15 à 24 ans est utilisé par les Nations unies pour définir la jeunesse. Toutes les statistiques sur la jeunesse publiées par le système des Nations unies sur la démographie, l’éducation, l’emploi et la santé sont basées sur cette définition. Néanmoins, l’article 1 de la Convention des Nations unies sur les droits de l’enfant, définit comme «enfants» les personnes jusqu’à l’âge de 18 ans. Ceci était intentionnel, en l’absence d’une convention des Nations unies sur les droits de la jeunesse, l’on a cherché à donner protection et droits à un groupe d’âge le plus large possible.

I-Les jeunes en Algérie
La population algérienne estimée à 33.333.216 habitants en juillet 2007, devrait être de 35.637.957 en 2010 avec un taux de croissance démographique de 1,5% et une espérance de vie de 75,3. En 1998, le recensement général de la population montre, pour la première fois depuis l’Indépendance, que les moins de 20 ans représentent moins de la moitié de la population globale, soit 48,27%. Les enfants de moins de 5 ans, estimés à 19,8% en 1966 et à 18,8% en 1980, ne sont plus que de 10,9% en 1998. A ce niveau, ce qui retient l’attention, c’est la progression du nombre de personnes en âge de travailler (les 20-59 ans), qui passe de 35,94% en 1966 à 45,14 en 1998. Malgré une croissance économique forte de 6,4% en 2003 et d’environ 5% en 2004 et 2005, le marché du travail n’est toujours pas en mesure d’absorber le stock des chômeurs et la demande additionnelle annuelle d’emploi. En 1998, 58,3% des Algériens vivaient en ville, soit 6 Algériens sur 10. Ils étaient 4 sur 10 en 1977 et 1 sur 3 en 1966 à vivre en ville. De 1987 à 1998 les villes de plus de 100.000 habitants n’auraient enregistré qu’un accroissement de 1,9% pendant que dans les villes de 10 à 20.000 habitants, l’accroissement n’a été que de 5,75% et de 12,72% dans les villes de 5 à 10.000 personnes.

II-Une situation globalement dégradée.
La situation des jeunes Algériens s’est globalement dégradée comme à travers le monde et de façon particulière dans les pays en développement. Cette dégradation s‘explique, d’abord, en raison d’une diminution importante du financement public dans les domaines de l’éducation, de la santé et du bien-être social des jeunes (culture, loisirs et sports) du fait de la mise en oeuvre de politiques de réajustement structurel dans lesquelles le rôle et l’engagement financier du secteur public se sont notablement réduits. En Algérie, comme dans le reste du monde, les jeunes ont des aspirations très concrètes: accès égal à une éducation de qualité, qui les motive et les intéresse, accès à l’emploi et à des tâches qui fassent appel à leur sens de responsabilité, possibilité d’expression civique, culturelle et artistique, participation démocratique à la résolution des problèmes, tant au niveau local que national. Il va sans dire que ces aspirations ne sont, aujourd’hui, que très partiellement satisfaites. L’insertion dans le monde du travail constitue un des problèmes les plus critique auquel la jeunesse algérienne est confrontée.
A l’image d’un certain nombre de pays industrialisés et de l’ensemble des pays en développement, le chômage et le sous-emploi semblent s’installer durablement en Algérie. Si des politiques adéquates ne sont pas mises en oeuvre rapidement, le chômage des jeunes risque d’avoir, à moyen terme, des conséquences graves, voire dangereuses pour la stabilité et le développement du pays. La multiplication des jeunes et enfants de la rue est un des indices probants de la progression alarmante de l’exclusion et de la paupérisation rampante de cette frange de la population.
Récemment, le président de la Fondation nationale pour la promotion de la santé et le développement de la recherche a signalé, à l’occasion de la célébration de la Journée mondiale des droits de l’Homme, que quelque 500.000 enfants, dont 200.000 scolarisés, sont exploités en Algérie, dans différentes activités. Il précisera que ces enfants travaillent en dehors des cours et durant les vacances.
L’effet déstructurant du chômage en termes de marginalisation sociale est particulièrement préoccupant en ce qui concerne les jeunes; notamment, ceux qui sont à la recherche d’un premier emploi.
L’anxiété, le désarroi, le manque de perspectives conduisent souvent un grand nombre de jeunes au découragement et à la perte d’espoir, à la frustration et à la violence. La tentation d’échapper à leur souffrance, à leur écrasante et trop pénible quotidienneté, les conduit vers un comportement asocial, à l’utilisation de drogues ou, depuis quelque temps, à la tentation de fuir leur désespoir en côtoyant la mort «toutes voiles dehors».
Lorsque l’on se penche sur l’état de la jeunesse en Algérie, ces dernières années, ce qui retient notre attention, c’est l’absence, malgré la gravité de la situation, d’une stratégie concernant cette catégorie de la population pour, d’une part, appréhender sérieusement les problèmes liés à sa vie, ses comportements et ses aspirations et, d’autre part, l’associer plus directement à la réalisation des grands chantiers nationaux tant aux niveaux éducatif, culturel, économique que politique. La vulnérabilité de la jeunesse est, en partie, amplifiée par la position toute particulière qu’elle occupe au sein d’une société qui n’arrive pas à sortir d’une crise multidimensionnelle. Les jeunes sont au coeur d’enjeux politiques, de grands défis et de tensions sur lesquels ils n’ont, bien souvent, aucune prise; à titre indicatif, l’on peut citer:
- La tension entre le long terme et le court terme: Les «politiques» actuelles sont formulées pour parer aux urgences, alors que beaucoup de problèmes rencontrés par la jeunesse exigent l’adoption de stratégies à long terme et élaborées en concertation avec les jeunes.
- La tension entre la tradition et la modernité et un présent aux déficits importants: L’absence d’un véritable projet de société, l’éclatement de la famille, la perte des repères identitaires et culturels, l’oppression brutale de l’échec et du mal-vivre, les profonds traumatismes du terrorisme sont autant de points qui nous interpellent: comment s’adapter sans se renier, comment construire son autonomie dans le respect de la liberté et de l’évolution de l’autre? Comment maîtriser le progrès et le développement durable? Comment parvenir à un équilibre social? Comment relever le défi des nouvelles technologies de l’information et de la communication? Comment redonner du rêve et de l’espoir à la jeunesse? Autant de questions dont les réponses doivent découler d’un enjeu national stratégique.
- La tension entre le spirituel et le matériel: Les jeunes ont besoin d’idéaux et de repères éthiques. Dans un monde fortement marqué par l’incertitude, il est plus que nécessaire d’aider les jeunes à acquérir des principes et des repères solides fondés sur des valeurs qui soient le résultat d’un processus de réflexion et d’engagement personnel.
- Les tensions entre les multiples sources de valeur: Les jeunes vivent dans une société changeante et pluraliste dont les sources de valeur sont multiples et véhiculées non seulement par la famille, l’école, les religions mais aussi par les médias, les organisations sportives et culturelles, les partis politiques etc. Les jeunes oeuvrent en fonction de valeurs souvent convergentes mais aussi, par moment, radicalement contradictoires.
- La tension entre l’universel et le singulier: Les processus de globalisation sont aujourd’hui irréversibles dans les domaines de l’économie, de la culture, de la communication, alors que les particularismes s’accentuent. Dans ce cadre, les jeunes doivent relever le défi de l’ouverture mais également celui de contribuer au développement de leur propre culture.
- La tension entre le global et le local: Comment préparer le jeune Algérien à devenir progressivement «citoyen du monde» sans perdre ses racines.

III- Nécessité de nouvelles formes et modalités de participation.
En soulignant devant les walis, en novembre 2006, que la jeunesse «met en jeu l’avenir de la nation tout entière et nous interpelle sur notre capacité à valoriser le potentiel d’espérance qu’elle incarne» et que «nous avons aujourd’hui besoin de renouveler notre regard sur la jeunesse, de modifier notre attitude à son égard et d’adopter de nouvelles approches et de nouvelles méthodes dans la prise en charge de ses attentes», le Président de la République a, non seulement souligné l’importance et la gravité du problème, mais signifié, également, la nécessité de renouveler les approches et les politiques vis-à-vis des jeunes.
Le succès d’une opération aussi vitale pour le pays ne peut être attendu d’actions conjoncturelles souvent orchestrées avec le soutien d’apparatchiks dont la qualité première est de veiller, d’abord, non pas aux attentes de la jeunesse, mais au sens «des vents dominants». Pour ce faire, quatre principes me semblent incontournables:
- Il faut être réellement à l’écoute des jeunes si l’on veut être écouté par eux.
- Il est essentiel de mobiliser les jeunes pour les impliquer dans une réflexion responsable sur l’avenir tout en intégrant leur vision dans le processus de prise de décision des responsables politiques.
-Il est indispensable, pour éviter le décalage qui se crée souvent entre le discours officiel sur les jeunes et les préoccupations véritables de ces derniers, d’encourager la participation active et démocratique des jeunes à la définition et à l’exécution des projets les concernant, en valorisant leur créativité. Cette participation démocratique et active s’impose comme une condition sine qua non de toute stratégie en faveur de la jeunesse. D’ailleurs, comment prétendre au développement d’une nation si sa majorité la plus dynamique est exclue? Ignorer la gravité du fossé actuel avec les forces vives de la nation, c’est opter, non pas pour l’avenir, l’espoir, le développement durable et le progrès, mais pour la stagnation et la résignation nourries, ponctuellement, par «une agit-pro» stérile, voire dangereuse avec pour fondements l’opportunisme, des valeurs désuètes et une authenticité «soporifique».
- En plus d’une volonté politique et d’un solide engagement visant à élaborer une politique nationale en faveur de la jeunesse, un certain nombre d’éléments de base devront être clarifiés. La politique nationale de la jeunesse doit être le fruit d’un accord permettant à la fois de répondre aux besoins et aux aspirations des jeunes et de reconnaître leur potentiel comme cadre pour le développement des jeunes.
Cette politique demeurera purement symbolique faute d’objectifs clairs à long terme et d’un rôle de coordination accepté par tous. Elle doit refléter une approche cohérente, intégrée, multisectorielle et interministérielle. Fondamentalement, il convient de souligner que la politique nationale en faveur de la jeunesse doit être une politique de l’Etat et non pas une simple politique gouvernementale.
Renouveler notre regard sur la jeunesse impose de la replacer à la place qui lui revient, d’abord, au coeur de la Constitution, ensuite des Codes de wilaya et communal. Renouveler notre regard sur la jeunesse suppose que nous devons bannir définitivement certaines méthodes, dont la prime à la cooptation, le clientélisme et la médiocrité.
Il faudra également accepter un débat sans tabous sur l’ensemble des points la concernant. C’est à ce prix que la jeunesse sera un indicateur très fiable de la vitalité de l’Algérie d’aujourd’hui et de demain.

(à suivre)
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Ouvrez grand les fenêtres de l’espoir!

Est-il besoin de faire le portrait de Hamid Oussedik, tant l’homme a marqué le sport de son empreinte? Les anciens y verront comme une sorte d’offense. Les jeunes auront une information sur un modèle qu’ils n’ont pas eu la chance de connaître. Mais bon, il n’est jamais trop tard pour bien faire, pour bien montrer, pour bien honorer. Hamid Oussedik a tout juste la soixantaine, dynamique et toujours ses qualités d’orateur et de tribun qui peuvent vous faire retourner un auditoire.
Non pas en le fascinant, mais en l’entraînant avec des arguments qui font appel à la raison, cette raison qui fait souvent défaut au monde du sport où la passion l’emporte sur tout. On en voit les conséquences: zéro sur toute la ligne.
Du temps où Hamid était secrétaire général du MJS, il était le véritable théoricien du sport, pas un ergoteur creux, mais un philosophe, un homme d’action, et un homme de parole. Si la réforme de 1989 a pu aboutir en permettant de démocratiser le mouvement sportif, c’est en partie grâce à Hamid Oussedik qu’elle le doit. Si notre sport se portait bien, s’il n’y avait pas des débats au ras des pâquerettes, c’est à Hamid Oussedik qu’elle le doit.
Homme de consensus et de dialogue, il savait mettre à la même table l’alpha et l’oméga de notre sport. Et mieux encore, véritable tour de magie, les réconcilier autour des mêmes valeurs. Valeur, le mot est lâché, ne le lâchons plus : qui peut se targuer, aujourd’hui, dans le sport, d’avoir des valeurs qui servent le sport national? Il y a une autre valeur aujourd’hui, c’est celle de l’argent. Aux principes éthiques ont succédé ceux sonnants et trébuchants de la valeur monétaire. A d’autres temps, d’autre moeurs.
Mais enfin, il nous reste Hamid Oussedik qui a su donner l’exemple parfait de ce que peut être un cadre algérien de haut niveau à l’Unesco.
Mais enfin, il y a cet exemple qui montre que la qualité existe, que la qualité est toujours là, il suffit de la chercher loin des polémiques stériles, loin des empoignades et des anathèmes. Elle est là la compétence. Mais elle demande de la hauteur pour la voir. Levez vos yeux! Comme ça, c’est bien. Vous verrez Oussedik. En le voyant, vous serez un peu plus fier de ce sport qui bat de l’aile. Vous direz: tout n’est pas perdu puisqu’il y a encore des hommes dans le sport national.
Oui, tout n’est pas perdu. Il suffit d’ouvrir grand les fenêtres de l’espoir et de respirer un bon coup. Dans une main un projet, dans l’autre une vision. Hamid es-tu là?

Walid GHANI